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Stratégie

La formation à distance à la rescousse
N° 3 - Janvier-Février 2018

Le plan d’investissement compétences (Pic) prévoit de moderniser le système de formation professionnelle, en misant sur la formation à distance : 250 000 devraient être financées durant le quinquennat.

" Diversifier l’offre, améliorer le taux d’accès, maîtriser les coûts "

Partant du principe que “20 % des demandeurs d’emploi citent la distance comme un frein au recours à la formation”, l’économiste Jean Pisani-Ferry, ancien commissaire général de France Stratégie, envisage la création d’un marché public national pour “ structurer l’offre de formation à distance, promouvoir les méthodes fondées sur le numérique, et en faire bénéficier les demandeurs d’emploi qui en auraient besoin ”. Les objectifs : “ Permettre de diversifier l’offre de formation, améliorer le taux d’accès à la formation et en maîtriser les coûts. ”

Un marché toujours émergent

L’idée de former à distance apparaît comme une solution aux problèmes de mobilité des demandeurs d’emploi, notamment handicapés, dans un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales de 2013 [1]. La formation ouverte et/ou à distance bénéficie depuis le décret n° 2014-935 du 20 août 2014 d’un cadre juridique nouveau, qui permet de l’inscrire dans le Code du travail.
A priori, les demandeurs d’emploi peuvent bénéficier d’une formation qui se déroule en partie ou tout à distance, même si certains déplorent des refus. Une situation qui interpelle Jean Vanderspelden, consultant ITG-Paris [2] : “ Nombre d’acteurs qui s’occupent de la formation des demandeurs d’emploi ne connaissent ni le concept, ni les pratiques, ni les enjeux de la FOAD. Or, un organisme de formation qui les forme uniquement sur la modalité stage ne répond pas aux enjeux fixés par les partenaires sociaux, incarnés par le décret d’août 2014. ”

Selon le rapport de l’Igas intitulé La transformation digitale de la formation professionnelle continue [3], “plus de 50 % des organismes de formation privés ne réalisaient en 2016 aucune prestation en formations digitales”. Aucune statistique n’est disponible quant aux demandeurs d’emploi bénéficiaires. L’Igas relève que Pôle emploi a conclu avec OpenClassrooms (organisme de formation en ligne) un accord de partenariat ouvrant l’accès de ses formations pour trois mois à 25 000 demandeurs d’emploi. Les avantages relevés par l’opérateur sont “des délais très courts d’entrée en formation” et un coût horaire moyen inférieur. Cependant, il note une insuffisante adaptation à leurs besoins, la majorité des formations ne concernant pas les métiers de niveau IV et V.

Des acteurs convaincus

À l’Afpa, qui forme 90 000 demandeurs d’emploi par an, après le succès des Mooc (cours en ligne ouverts et massifs) cuisine et FLE (français langue étrangère), la FOAD est entrée dans les mœurs. L’agence a répondu à l’appel d’offres du FPSPP [4] “Formations digitales” et développe une quarantaine de formations à plus de 75 % à distance, pour les techniciens bureau d’étude du bâtiment (en lien avec Constructys, l’Opca du bâtiment), les domaines du commerce, de la distribution, de l’assistanat, de la comptabilité-gestion, de l’informatique et du Web (référencées par Agefos-PME).
Virginie Lassalle, directrice de la pédagogie, souligne : “Ces formations sont fondées sur une pédagogie en lien avec les principes de l’Afpa, c’est-à-dire sur le geste professionnel et sur le travail collaboratif, comme en présentiel.” Les modules très structurés au niveau pédagogique n’oublient pas la dimension “émotionnelle” de la formation, avec des quiz (questionnaires), du “storytelling” (mise en récit, accroche narrative), de la “gamification” (utilisation des mécanismes du jeu dans d’autres domaines) afin de renforcer l’engagement des personnes : “Le premier danger de la formation à distance, c’est l’abandon. L’Afpa est dans la pédagogie de la réussite : notre volonté, c’est que toute personne qui s’engage dans une formation réussisse son parcours et trouve un emploi.”

La commande aux manettes...

Depuis quelques années, les commanditaires intègrent les atouts de la FOAD. “Certaines Régions demandent des formations mixtes, avec 10 à 30% de formation à distance, souligne Virginie Lassalle. C’est le cas de la Bourgogne-Franche-Comté, ou de l’Occitanie.” Même dynamique à la fédération des Urof (Unions régionales des organismes de formation) : “Les financeurs publics nous imposent ces pratiques : nos cahiers des charges sont assortis d’obligations en matière d’enseignement à distance et de modalités relevant du digital”, indique Michel Clézio, son président.
Le récent appel à manifestation d’intérêt “2e chance numérique” de l’Île-de-France [5] est un exemple de l’impulsion que peuvent conférer les Régions. Jean-Luc Peuvrier, directeur de Stratice et administrateur du Fffod [6] observe : “La Région vise des publics particuliers, éloignés de l’emploi, avec la volonté de les emmener à une certification. Le cahier des charges mentionne clairement l’innovation, la place du numérique et la distance. Les dispositifs étant évalués dans la perspective d’une généralisation, le message est clair et donne une visibilité aux organismes de formation”.

“Les organismes de formation sont prêts”

L’illectronisme [7] doit être pris en compte pour éviter les échecs. Si l’équipement informatique progresse – 9 % de la population n’a pas accès à internet – près de 18 % déclarent des difficultés à trouver une information sur le web [8].
Accompagnement préalable vers la littératie numérique, prêt de matériel, contenus adaptés aux publics, les acteurs connaissent les moyens de contourner ces freins.
“Les organismes de formation sont prêts, les apprenants et les équipes pédagogiques aussi. Reste à convaincre davantage de financeurs et de partenaires sociaux qui gèrent les fonds publics ou mutualisés”, conclut Jean Vanderspelden.

par Christelle Destombes, Centre Inffo, 2018

[1Évaluation partenariale de la politique de formation professionnelle des demandeurs d’emploi, Igas,
Modernisation de l’action publique, août 2013, www.igas.gouv.fr.

[2Jean Vanderspelden, cofondateur (au titre de Iota+) du Fffod (Forum français des acteurs de la formation digitale), anime le site www.iapprendre.fr.

[3La transformation digitale de la formation professionnelle continue, Igas, mars 2017, www.igas.gouv.fr.

[4Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels.

[5Voir Inffo formation n° 931, p. 23.

[6Forum français pour la formation ouverte et à distance, aujourd’hui appelé Forum
des acteurs de la formation digitale.

[7Le manque de connaissance des clés nécessaires à l’utilisation des ressources électroniques.

[8Enquête sur l’accès aux droits, vol. 2, Défenseur des droits, mars 2017.

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