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IA : prêts pour la quatrième révolution industrielle ?
N° 7 - Septembre-Octobre 2018

Il faut se préparer à l’intelligence artificielle : “cheval-vapeur de notre époque”, selon Vinton Cerf, l’un des pères de l’internet et vice-président de Google, elle est porteuse d’une disruption majeure. Destructrice d’emplois ou libératrice des capacités cognitives humaines ?

L ’intelligence artificielle (IA) – l’ensemble des technologies visant à réaliser des tâches cognitives traditionnellement effectuées par l’humain – née dans les années 1950, a bénéficié des progrès en matière de puissance de calcul des ordinateurs. Présente dans nos assistants personnels, systèmes de recommandations, chatbots [1], systèmes embarqués, voitures autonomes, elle pourrait transformer 30 à 40 % des activités d’ici une vingtaine d’années, selon le cabinet de conseil aux dirigeants McKinsey.

La requalification apparaît nécessaire, urgente et systémique. Pour le groupe de travail France Intelligence artificielle, qui a initié la réflexion sur une stratégie française en matière d’IA [2], les domaines d’application concernent un grand nombre de secteurs : médecine, transports, commerce, services B2C (aux consommateurs finaux), finances, aéronautique, médias, formation et e-éducation, etc. France Stratégie (organisme de prospective rattaché au Premier ministre), qui a étudié les impacts de l’IA sur trois secteurs (transports, banque-assurances et santé [3]), recommande d’“anticiper les effets de l’IA sur le travail” pour définir les besoins de compétences des organisations, d’“assurer la formation des travailleurs aux enjeux de l’IA” et de “sécuriser davantage les parcours professionnels pour les secteurs fortement impactés par l’IA”. Bref, il faut former et encore former.

Transformation en cours

L’IA mobilise la puissance publique. Le député (LaRem) Cédric Villani, membre du comité d’orientation de France IA, s’est vu confier la mission de définir la stratégie française. Son rapport [4] a préfiguré une série d’annonces : investissement d’1,5 milliard d’euros jusqu’en 2022, doublement du nombre d’étudiants formés d’ici trois ans, etc.

L’écosystème de formations initiales se muscle (voir encadré) et des initiatives intéressantes émergent : Simplon et Microsoft ont élaboré une formation gratuite “Développeur data IA”, pour former des publics éloignés de l’emploi aux métiers dits “intermédiaires” de l’IA. Une première promotion de 24 apprenants suit pendant sept mois des cours intensifs au campus Microsoft, avant un contrat de professionnalisation au sein des entreprises partenaires.

Louise Joly, directrice de l’école IA Microsoft, explique : “Les entreprises ont besoin de profils de techniciens infra bac + 5, des artisans de l’IA qui seront amenés à travailler avec des data scientists [5].” L’ouverture d’une seconde école à Castelnau-le-Lez, dans l’Hérault, a été annoncée fin juin par Microsoft et la Région Occitanie.
Microsoft entend ensuite créer huit écoles avec des entreprises partenaires [6], pour former 500 développeurs IA en trois ans. Et l’entreprise s’est engagée dans un programme de “reskilling” [7] pour accompagner les salariés dans la transition vers l’intelligence artificielle, qui devrait concerner 400 000 personnes en trois ans.

Quand la société apprenante devient une réalité

Car au-delà de la formation à l’IA, celles consistant à anticiper le travail avec l’IA essaiment : le Cnam a créé un Mooc (cours en ligne ouvert) pour sensibiliser les managers [8], le Hub France IA propose des modules d’acculturation aux comités exécutifs et DRH des grandes entreprises. Nathanaël Ackerman, son fondateur et directeur général, explique : “Nous pensons que l’IA va tout bouleverser. On doit l’anticiper, comprendre les enjeux, les business models, les aspects réglementaires et se former.” Le Hub a formé 150 ingénieurs de Vinci Énergie, et a été sollicité par les comités exécutifs de la Banque postale et d’Orange.

Par ailleurs, des acteurs se positionnent autour du concept de société apprenante, en écho à la nécessité de se “former tout au long de la vie”. Quand une IA réussit le concours d’entrée à l’Université de Tokyo [9], les questionnements sur notre spécificité affleurent. François Taddei, fondateur du Centre de recherche interdisciplinaire, souhaite “un Giec [groupe d’experts intergouvernemental] pour les intelligences, les apprentissages et les compétences” dans son “Plan pour co-construire une société apprenante” rendu à l’Éducation nationale [10].

Il appelle aussi à la création d’un “lab des métiers de demain” pour anticiper les impacts sur l’emploi. Cette initiative intéresse le ministère du Travail et figure dans le rapport Villani sous la forme de “lab public de la transformation du travail”.
D’autres initiatives plaident pour de nouvelles façons d’apprendre, à l’instar de la coalition France apprenante qui défend les compétences transversales (soft skills) et les 4C (pensée critique, créativité, communication, collaboration). Ailleurs, des “territoires apprenants” ouvrent le dialogue entre tous les acteurs. Un frémissement plus que nécessaire.

Combien de divisions ?

En France, l’écosystème IA, c’est, selon le rapport France IA [11] : 268 équipes de recherche, 5 300 chercheurs, 81 écoles d’ingénieurs et 38 universités délivrant 138 cours liés à l’IA, 18 diplômes de mastères spécialisés en IA, 1 087 étudiants, 80 entreprises de taille intermédiaire et PME, et plus de 270 start-up spécialisées.
En avril 2018, près de 35 mastères sont recensés sur le site ActuIA. Peu de formations continues existent à ce jour, même si la Sorbonne a créé une formation en “Machine learning et intelligence artificielle” à destination des salariés des secteurs de l’analyse de données. France IA prévoit de réactualiser la cartographie des formations d’ici à la fin de l’année 2018.

3 questions à
CÉCILE DEJOUX
professeure des universités au Cnam, cofondatrice du learning lab Human Change Julhiet-Sterwen
 

Les entreprises françaises sont-elles préparées à la transformation IA ?

Qu’on soit bien clair : ni les entreprises ni les managers ne parlent d’intelligence artificielle, ce sujet n’existe pas dans les plans de formation, on n’en parle pas en RH, etc. L’IA fait peur, c’est pourquoi j’ai créé ce Mooc “Manager augmenté par l’IA”, pour expliquer concrètement les impacts de l’IA. Aujourd’hui, le DRH doit intégrer l’intelligence artificielle dans la GPEC comme une compétence transversale à laquelle acculturer tous les collaborateurs. Ensuite, il faut absolument les former à travailler avec des systèmes d’IA. Enfin, il faut réfléchir à l’évolution des métiers avec l’IA.

Y a-t-il des compétences-clés pour s’adapter à l’IA ?

Il faut donner la culture du “numérisme”, expliquer, dédramatiser. Si quelqu’un ne comprend pas ce qu’est la data, il sera i-numérique, illettré. Demain, il faudra être expert dans deux-trois métiers pour toujours avoir une expertise d’avance. Avoir des soft skills [compétences transversales], certes, mais ils ne suffisent pas. Il faudra aussi développer une compétence dans le “faire” et en même temps dans l’intellect, sans oublier de développer son réseau en appartenant à des associations professionnelles, de quartier, etc.

La France est-elle en bonne position sur ce sujet ?

Le rapport Villani est un très bon signe et un bon déclencheur d’un mouvement. Après, quand la Chine en fait une priorité stratégique, balisée par un plan d’action, c’est un autre niveau… Mettons de la culture IA dans les universités, les entreprises sans oublier les TPE-PME !

Propos recueillis par Christelle Destombes, Centre Inffo, 2018

par Christelle Destombes, Centre Inffo, 2018

[1Robot logiciel pouvant dialoguer avec un individu par le biais d’un service
de conversations automatisées.

[2Rapport de synthèse “France intelligence artificielle, groupes de travail”,
À télécharger au format PDF.

[3“Intelligence artificielle et travail”, France Stratégie, mars 2018. voir.

[4“Donner un sens à l’intelligence artificielle”, Cédric Villani, mars 2018,
à télécharger au format PDF.

[5Spécialistes de l’analyse des données massives.

[6Accenture, Capgemini, Econocom, Devoteam, DXC Technology, Groupe Magellan, Orange, Talan.

[7Requalification pour assurer une reconversion (upskilling pour monter en compétences).

[8Voir www.fun-mooc.fr/.

[9Cas du robot Todaï, créée par Noriko Arai. Voir la conférence Ted.

[10“Un plan pour coconstruire une société apprenante”, François Taddei, avril 2008. Voir.

[11À télécharger au format PDF.

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