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Les neurosciences renouvellent les pédagogies
N°1 - Septembre-octobre 2017

Longtemps "terre inconnue", le fonctionnement du cerveau ne cesse de se dévoiler au gré des avancées des neurosciences. Au plus grand bénéfice de la connaissance des mécanismes d’apprentissage qui, s’ils ne s’en trouvent pas révolutionnés, sont désormis beaucoup mieux documentés.

Neurolearning ? « Domaine d’application des enseignements des neurosciences à l’univers du management et de la formation pour adulte, le neurolearning décrit, d’une part, la façon dont notre cerveau apprend, et d’autre, part la façon dont on peut améliorer l’apprentissage par la connaissance du fonctionnement neuronal ». Dixit Nadia Medjad, médecin expert en management du stress, Philippe Gil et Philippe Lacroix, cofondateurs de Il&DI, cabinet de conseil spécialisé dans l’innovation en formation et le digital learning, tous trois coauteurs d’un ouvrage de référence sur le sujet [1]. Leur objectif s’affiche au premier chapitre, dédié à la présentation de la neuroéducation, champ émergent et multidisciplinaire qui vise à « faire évoluer les bonnes pratiques d’apprentissage et d’enseignement à travers les preuves scientifiques de la façon dont le cerveau apprend ».

Le véritable objectif : "apprendre à apprendre"

Pour le consultant en conseil stratégique Didier Naud, le trio est à saluer comme « ouvreur d’une voie pour la pensée d’un apprentissage numérisé », « multimodal et multifonctionnel ». Prometteuse, cette voie est aussi porteuse de maintes spéculations plus ou moins fantaisistes qui tirent pour parti leur force de l’inclination que nous pouvons avoir à fantasmer les conditions de notre montée en compétences. Ne pas hésiter à nous décevoir face à la perspective d’un moindre effort devant l’apprentissage, c’est aussi l’intérêt de la démarche des auteurs qui s’attellent volontiers à démonter quelques « neuromythes » : pas plus que notre cerveau est multitâches, nous n’utilisons pas que 10 % de notre cerveau et, non, tout ne se joue pas avant 3 ans... Bref, il nous faut procéder à un désenchantement du monde de l’éducation si nous voulons véritablement entrer dans l’âge adulte de l’apprentissage.

Ce que promettent les neurosciences, c’est ainsi non pas la disparition, mais l’efficacité accrue de nos efforts grâce à une meilleure connaissance des « chemins de l’apprentissage dans le cerveau ». En ligne de mire, le fameux objectif « apprendre à apprendre », désormais reconnu compétence clé, mais rarement enseigné.

La mémoire et l’observation, mais aussi l’émotion

Preuve d’un marché émergent des neurosciences en formation, CSP, organisme de formation généraliste, s’intéresse lui aussi au sujet, avec un livre blanc et une compilation des articles rédigés par ses experts [2]. Comme ses concurrents, CSP s’attache à produire un état de l’art des « connaissances en neurosciences qui ont un lien direct avec l’apprentissage ». Et qu’il s’agisse de la mémoire, de l’observation, de la visualisation, de l’attention, du sommeil, de l’activité physique ou encore de l’émotion, tous ces éléments sont concernés. Bien sûr, la facilitation des apprentissages par la stimulation des sens n’a pas été inventée en 2017 mais, comme le soulignait lors du Printemps des universités d’entreprise [3] Xavier Savigny, DRH de Bureau Veritas, les neurosciences apportent « la confirmation scientifique des intuitions pédagogiques des producteurs de formation ».

Le fonctionnement de la mémoire

Chef de projet pédagogique chez CSP, Aurélie Van Dijk ne dit pas autre chose quand elle explique dans un article le lien entre les neurosciences et les méthodes pédagogiques actives, par exemple celles qui « mettent le stagiaire en mouvement » : « pour fonctionner, le cerveau a notamment besoin de glucose, or il se trouve que l’activité physique favorise son accès aux cellules nerveuses ». C.Q.F.D. ... Autre exemple avec la question de l’évaluation des résultats de la formation, sujet récurrent abordé au cinquième chapitre du livre sur le neurolearning. Quand le bénéfice d’une formation disparaît dans les semaines, voire les jours qui la suivent, c’est que l’étape de mémorisation a été négligée. Ce qui est selon les auteurs le plus souvent le cas, en raison d’une tendance à concentrer l’acte formatif sur la délivrance d’information et la vérification de sa compréhension. Or, « la rétention des nouveaux acquis est indispensable à leur utilisation », ce qui suppose de connaître le fonctionnement de la mémoire et ses différentes phases, de l’encodage à la récupération, pour concevoir le dispositif de formation en fonction de cet objectif final.

Et ce n’est là qu’un échantillon : le rôle de l’entraînement, l’usage des effets sensoriels, l’impact des émotions ou encore la recherche du bon niveau de pression, rien n’échappe aux neurosciences !

3 QUESTIONS À...
Philippe Lacroix, cofondateur du cabinet de conseil IL & DI et coauteur de NeuroLearning, les neurosciences au service de la formation

« Penser que l’on peut se former dans des temps plus courts est une utopie ».

Quelle plus-value fondamentale apportent les neurosciences aux sciences de l’éducation ?
Les neurosciences n’ont rien inventé. Il n’y a pas de découverte fondamentale qui permettrait d’améliorer des formations qui étaient déjà très bonnes. Elles permettent par contre de mettre en lumière des bonnes pratiques et viennent confirmer scientifiquement qu’il existe un certain mode de fonctionnement « naturel » dans nos apprentissages. Or, très peu de formations appliquent ce que l’on devrait tous faire !

Le neurolearning passe-t-il nécessairement par des formations digitales ?
Pas du tout ! Il est beaucoup plus facile d’appliquer les bons principes éclairés par les neurosciences en présentiel. Pourquoi ? Parce qu’il y a besoin de s’ajuster, d’être à l’écoute, d’apporter de l’attention, etc., et c’est beaucoup plus facile à faire entre humains qu’à travers un système. Cependant, faire de la formation digitalisée oblige à mettre en algorithme la formation, ce qui nécessite une ingénierie pédagogique qui peut être éclairée par les neurosciences.

Les neurosciences sont-elles aujourd’hui présentes dans les programmes de formation ?
Très peu, notamment du fait des contraintes qui amènent à tordre le cou aux bons principes pédagogiques. La première, c’est le temps : on ne peut pas mettre plus d’un litre d’eau dans une bouteille d’un litre, mais en formation, on se fiche complètement de remplir un programme de formation d’une journée avec l’équivalent de deux ou trois jours.

Neuroéducation : un concept scientifique

Discipline récente, les neurosciences au service de la formation ont encore un statut académique incertain. Selon Philippe Gil et Phillipe Lacroix, la France privilégie les termes de « neuroéducation », « neuropédagogie » et « neurosciences éducatives ». Le rapport de l’OCDE "Comprendre le cerveau : naissance d’une science de l’apprentissage" (2007) parle de « neurosciences de l’éducation ». Toujours selon les auteurs de “NeuroLearning, les neurosciences au service de la formation”, les débuts de l’intégration des connaissances scientifiques à la pédagogie remonteraient aux années 70, sous l’impulsion du biologiste nord-américain Howard Gardner. Largement diffusé aujourd’hui, le concept mérite d’être accompagné par la communauté scientifique, sous peine de multiplier les « neuromythes ».

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2017

[2Voir www.csp.fr.

[3U-Spring, 28 mars 2017.

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