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Stratégie

La formation à l’heure digitale : tout un modèle économique à réinventer
N°1 - Septembre-octobre 2017

Agefos-Pme et Opcalia accompagnent les organismes de formation privés dans leur digitalisation. Un chantier majeur qui s’accélère pour permettre aux organismes de prendre la vague du numérique.

Les organismes de formation ont encore du chemin à faire pour s’adapter à la révolution digitale. Plus de la moitié des prestataires du privé (52 %) ne réalise aucun chiffre d’affaires en formation digitale, d’après l’étude du cabinet Ambroise Bouteille sur l’impact de la digitalisation sur leurs métiers rendue publique en janvier dernier par l’Observatoire prospectif des métiers et des qualifications de la branche des organismes de formation privés [1]. Ces chiffres diffèrent cependant fortement selon la taille des organismes. Le jour de la présentation de cette étude financée par Agefos-PME, son directeur, Joël Ruiz, a insisté sur « l’obligation [des Opca] d’accompagner cette transformation de l’offre de formation ». Les prestataires qui relèvent de la branche des organismes de formation privés adhèrent soit à Agefos-PME, soit à Opcalia, les deux Opca interbranches et interprofessionnels. Chaque année, ils financent en alternance une étude de l’observatoire. Opcalia accompagne actuellement la branche sur la suite de l’étude Ambroise Bouteille qui prendra la forme, d’ici la fin de l’année, d’une cartographie des métiers des organismes de formation et d’un référentiel de compétences.

L’accompagnement des Opca porte autant sur la digitalisation des organismes en tant qu’entreprises, qu’en qualité de dispensateurs de formation. De plus en plus sollicités par les entreprises éduquées au digital par les enfants de la génération Y, les prestataires doivent intégrer des outils digitaux dans leur pédagogie afin de répondre aux attentes résumées dans l’acronyme « Atadawac » pour « Any Time, Any Device, Any Where, Any Content ».

Opération "Act’OF"...

« C’est tout le modèle économique des organismes de formation qu’il faut réinventer », insiste Mathieu Carrier, responsable innovation et qualité de l’offre de formation d’Agefos-PME. Cet Opca y travaille depuis 2015 avec son opération Act’OF cofinancée par le Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP) dans le cadre de l’appel à projets Mutéco. Cette action permet aux organismes de « prendre connaissance des nouveaux usages (Blended Learning, Mooc, serious games, réalité virtuelle, mentorat en visioconférence…) et d’être accompagnés sur les nouvelles postures pédagogiques de type classe inversée ».

Act’OF vise aussi à accompagner les organismes dans leurs obligations « qualité » et dans leur révolution numérique comme toute autre entreprise. Ceci, en complément de Smart PME, la nouvelle offre transverse d’Agefos-PME destinée à accompagner la digitalisation des PME : prise en compte du Cloud Computing, du Big Data, facturation électronique, gestion des relations avec les clients (CRM), présence sur les réseaux sociaux, etc. D’après Jacques Bahry, président du Fffod (forum des acteurs de la formation digitale), directeur développement et projet au groupe IFG et coprésident de l’Observatoire des métiers des organismes de formation privés, ceux-ci « exploitent encore insuffisamment la masse importante de données clients dont ils disposent et qui sont des informations majeures pour inciter au réachat, par exemple ».

...ou "OF Transitions"

De son côté, Opcalia multiplie les initiatives pour accompagner les organismes. Depuis 2015, il leur propose OF Transitions, une offre interentreprises modulable sur l’impact du digital sur le métier de formateur, l’ingénierie pédagogique, les métiers support, la dématérialisation, la qualité de l’offre... « Certains entrent dans cette démarche par le CRM [2] qu’ils viennent d’acquérir. En les aidant dans la prise en main de cet outil, nous les engageons dans une réflexion plus large sur la digitalisation », témoigne Valérie Rabaey, directrice adjointe d’Opcalia en Bretagne. Ces modules peuvent être suivis d’une offre intra.
« Mais très peu d’organismes ont été demandeurs jusqu’à présent. » D’où l’idée d’Opcalia d’aller plus loin en déposant un projet dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir (PIA), en partenariat avec la Fédération de la formation professionnelle (FFP). Ce projet a notamment pour objectif de « proposer aux organismes une démarche globale d’accompagnement à la transition numérique dans la durée, avec un prolongement d’OF Transitions jusqu’en 2018 », précise Alexandra Devaux, directrice Services et Développement d’Opcalia. Les organismes de formation n’ont plus le choix : c’est prendre la vague du siècle, ou boire la tasse…

Questions à... Jacques Bahry, directeur développement et projet au groupe IFG, président du Fffod, vice-président de Centre Inffo

"La technologie ne suffit pas à faire une bonne FOAD [3]"

Quelles sont les erreurs à éviter avec le digital ?
La première consiste à croire que se doter d’une plateforme suffit à faire une bonne FOAD. L’autre extrême consiste à assortir ses formations classiques de beaux PowerPoint en pensant ainsi s’être ainsi ouvert au numérique. Réaliser une bonne FOAD ou formation multimodale exige la mise en place d’une chaîne de métiers complémentaires avec, comme maillon essentiel, le métier d’ingénieur de formation. Le multimodal doit être au service de l’objectif pédagogique qui tient compte du sujet traité, des attentes des apprenants et du matériel à disposition.

Que pensez-vous de l’essor des start-up sur le marché de la formation ?
La technologie ne suffit pas à elle seule. Souvenons-nous des années 2000 et de la bulle internet qui ont vu fleurir des centaines de petits organismes qui ont cru qu’en ne faisant que du e-learning, ils détenaient la clé du paradis ! Combien en reste-t-il aujourd’hui ? Les survivants sont les organismes ayant la pédagogie dans leurs gènes qui ont su s’ouvrir à la technologie.
La place croissante des start-up sur le marché est liée au fait que les entreprises ont professionnalisé l’achat de formation à un point tel qu’elles ont fini par externaliser l’ingénierie de formation. Sachant précisément ce qu’elles veulent, elles n’ont besoin que d’"exécutants" qui leur fournissent des outils.

Comment expliquer la numérisation encore très partielle des organismes ?
En France, le marché évolue par paliers. Il a été relancé par la loi de 2014 qui a reconnu la FOAD comme une modalité légitime de formation et par la loi Travail de 2016. Pourtant, on note une appropriation lente par tous les acteurs de ces opportunités et une frilosité des financeurs à prendre le tournant du numérique. L’ingénierie pédagogique n’est pas la seule fonction concernée. Le marketing commercial doit être lui aussi au cœur de cette transformation.

propos recueillis par Valérie Grasset-Morel, publié dans le n ° 922 d’Inffo Formation, daté 15 au 31 mai 2017

par Valérie Grasset-Morel, Centre Inffo, 2017

[1Cette branche couvre l’ensemble des entreprises et des salariés relevant de la convention collective des organismes de formation, soit 4 250 organismes de plus de 2 salariés et représentant 110 500 salariés.

[2Customer Relationship Management, management de la relation client, NDLR.

[3Formation ouverte et à distance.

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